Zoe Petre: L’ONU lance des avertissements à la France mais oublie totalement de s’intéresser aux graves discriminations anti-roms en Roumanie et Bulgarie

Atlantico : L’ONU a mis en garde la France rappelant „qu’en droit international, les expulsions collectives sont interdites”. Trouvez-vous ces attaques justifiées ?

Zoé Petre : Je ne sais pas s’il s’agit d’attaques, car effectivement le droit international interdit les expulsions collectives.Il y a aussi le fait qu’une telle conduite de la part des autorités françaises contredit le principe européen de la libre circulation des citoyens des Etats-membres. Ceci ne veut pas dire que je sois indifférente aux anxiétés des Français qui voient les espaces publics de leurs villes transformés en bidonvilles. La solution n’est cependant pas dans l’oubli des droits des citoyens et des responsabilités individuelles : là où la loi prescrit l’expulsion, qu’on expulse, là où la loi a été transgressée, qu’on sévisse, mais la responsabilité de la personne, et non pas une fausse responsabilité collective, doit être le principe non négociable de ces mesures.  

 

En Roumanie, comment est perçu la politique du gouvernement français vis-à-vis des Roms ?

Ce qui est traumatisant pour les Roumains ces derniers temps, c’est l’impression que la France, ce territoire d’origine des libertés citoyennes, et qui est encore perçu en Roumanie comme le pays garant de la démocratie en Europe, méprise les Roumains et la Roumanie parce qu’elle croit – ou feint de croire  – que tous les Roumains sont pareils à ceux qu’on veut maintenant expulser. Notre respect pour la culture française, notre gratitude envers un État et un peuple qui ont largement contribué au progrès de la Roumanie moderne, risque de s’étioler face à des préjugés qui ressemblent trop à l’égoïsme pour qu’on puisse les accepter avec le sourire. En concordance avec l’image de la France, on attendrait plutôt que l’on reconnaisse qu’on a un problème commun et que l’on en cherche ensemble les solutions les plus humaines.

Comment la Roumanie et la Bulgarie gèrent-elles le cas des Roms ? (Pouvez-vous souligner les dérives de la population, du gouvernent).

Il m’est difficile de parler de la Bulgarie, même s’il me semble qu’il y a beaucoup de similitudes entre nos deux pays, au sujet des Roms comme dans tant d’autres cas. En Roumanie, il y a une grande diversité de réponses au problème des Roms, tant du point de vue de la minorité elle-même et de ses représentants, que du point de vue des majoritaires. Il y a d’abord une grande diversité de conditions de vie et des particularités locales des différents groupes de Roms, parmi lesquels on compte de grands universitaires, des musiciens de tous les niveaux, des ouvriers qualifiés, comme il y a aussi des villages ou des zones urbaines plongés dans la pire misère. Il y a par ailleurs bon nombre de majoritaires qui n’ont pas de préjugés anti-Rom, mais qui réagissent contre toute entorse faite par n’importe qui à la loi, comme il y a aussi des nationalistes qui cultivent sciemment des préjugés raciaux odieux.

Le problème douloureux est, évidemment, celui des communautés pauvres, qui n’ont ni ressources, ni qualifications, où le taux d’analphabétisme est sans commune mesure avec l’ensemble des sociétés contemporaines, et qui ont développé une culture de prédateurs par rapport à la civilisation environnante qu’ils perçoivent comme une agression. Là, il manque non seulement un faisceau de moyens matériels non négligeable, mais dont la société ne semble pas disposer à moyen et long terme. Il manque aussi une réflexion appliquée, je dirais même une vision concernant le futur commun de nos sociétés.

Au contraire même, ces dernières années, la politique officielle de nos deux pays [la Roumanie et la France], ou du moins celle de la Roumanie, semblait répondre de plus en plus brutalement aux problèmes de la crise globale, par un néo – conservatisme rigide qui refusait de prendre en compte toute dimension de protection sociale de l’État et prônait un darwinisme social des plus inquiétants. Les expulsions semblaient devenir une réponse acceptable. Maintenant que le gouvernement vient de changer en Roumanie aussi bien qu’en France, on peut espérer qu’un dialogue de fond soit ouvert, afin de trouver ensemble les solutions les plus respectueuses des valeurs démocratiques de nos deux pays.

Sursa: Atlantico

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